ADIEU A MR REMY OLINY

ADIEU A MR REMY OLINY
Album : ADIEU A MR REMY OLINY
le 28 mars 2015, Rémy OLINY a tiré sa révérence.
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Adieu Mr Oliny

Maintenant que la nouvelle est tombée officiellement, je peux enfin m’exprimer et libérer ma pensée suite à la disparition du dissident Rémy Oliny.

C’est avec beaucoup de stupeur et de peine que j’ai appris au détour d’une réunion le départ de cet homme que j’appréciais particulièrement. Celui que j’appelais « un monument », a tiré sa révérence sans bruit sans trompette alors qu’il aurait dû avoir les honneurs locaux et nationaux. Mais je pense qu’il avait certainement demandé la plus grande discrétion lorsqu’il partirait et cela ne m’étonne pas car il n’aimait pas tout cela. Homme au franc parlé, il répétait souvent que la France n’avait pas suffisamment remercié les anciens combattants et il en souffrait. Il n’aimait pas les honneurs car il pensait à ses camarades qui étaient morts pendant et après la guerre et qui n’avaient pas été honorés. Lors de ses interventions auprès des scolaires, il leur disait clairement que s’il fallait le refaire qu’il ne croit pas qu’il serait parti en dissidence. Il commençait toujours par répondre aux questions préparées par les élèves puis leur demandait de déposer leur feuille et de lui poser de vraies questions. Il installait un échange avec les jeunes en les exhortant de tout faire pour éviter la guerre et leur demandait d’être attentifs à tout ce qui se fait en Martinique, de lutter contre la drogue et la violence. Il agissait comme leur grand-père et il était apprécié pour cela.

A ma demande, il avait accepté de témoigner dans propos de guerre et ces vidéos sont des archives et des souvenirs ineffaçables. Il aimait Fort-de-France et il me parlait longuement du quartier Sainte-Thérèse, des cérémonies du Tricentenaire, de la grève de 1935, de l’amiral Robert qu’il avait rencontré et des faits divers. Il possédait des documents très précieux qui j’espère seront mis en lieu sûr. Homme passionné, il effectuait des recherches aux archives et avait écrit plusieurs articles. Il possédait la liste de tous les dissidents martiniquais et était incollable sur le déroulement de la guerre. Infatigable, il incitait les écoles à participer au concours de la résistance. Malgré son âge avancé, il était très lucide et conduisait. Il répondait aux sms que je lui envoyais.

Je suis triste car je lui avais promis qu’avant son départ, qu’il y aurait eu un lieu qui s’appellerait la dissidence. J’avais écrit à toutes les municipalités en leur demandant d’attribuer le nom de la dissidence à une rue ou un rond-point et, hormis le Marigot, aucune ne m’a répondu. Qu’attendons-nous pour honorer nos dissidents ? A ce jour, seule une stèle aux Trois-Ilets est là pour leur rendre hommage. Il existe bien deux projets d’érection de monuments (à Grand-rivière et à Fort-de-France) mais ils ne sont qu’à l’état de projets.

Il reste moins d’une dizaine de dissidents en Martinique. Attendons-nous que le dernier ferme les yeux pour se souvenir d’eux ? Euzhan Palcy et Barcha Baueur leur ont consacré un documentaire. En 2009, Nicolas Sarkozy leur a rendu un vibrant hommage et en 2013, lors des cérémonies du débarquement, François Hollande les a reçus avec tous les honneurs. En février 2014, la petite commune d’Alénya située dans les Pyrénées orientales inaugurait le rond-point William Palcy, en souvenir de ce gros-mornais qui fut compagnon de la libération. Lors de cette inauguration, le maire d’Alénya signalait qu’il rendait hommage « à tous les combattants antillais qui se sont levés à l’appel du Général De Gaulle ».

En Martinique, que faisons-nous ou qu’avons-nous fait pour eux ? Quelle sera la trace de leur passage et de leur existence dans leur commune ? On cherche des héros partout dans le monde alors que nous avons la chance d’en avoir dans notre île. Nos dissidents s’en vont les uns après les autres et nous assistons à leur départ sans broncher.

Quelle tristesse. J’ai perdu celui que je considérais comme le grand-père que je n’avais pas eu et qui m’encourageait dans mon combat pour la mémoire des anciens combattants. Pourquoi nous as-tu privé de ce moment de recueillement à tes côtés ? Pourquoi nous as-tu privé de te voir une dernière fois ? Pourquoi es-tu parti si discrètement ? Comment faire notre deuil ? Je n’ai que cet article pour exprimer ma tristesse. J’espère que ton entourage proche savait à quel point tu étais important et que l’on parlera de toi pendant longtemps à ta descendance.

Pour ma part, je poursuis le combat…

 

Sabine Andrivon-Milton

 

 

Une Réponse à “ADIEU A MR REMY OLINY”

  1. Bernadette COUTURAUD dit :

    Bonjour,

    Pour ce premier contact, je vais essayer d’abréger.
    Je vous écris de Limoges.
    Je fais des recherches sur deux maquisards, venus chercher des vélos dans la maison de ma grand-mère en mai ou juin 1944 à Rancon, dans le nord de la Haute-Vienne.
    L’un d’entre eux est un adolescent de la région, l’autre semble être le soldat Georges, dont la stèle du Pont du Vincou (commune de Peyrat-de-Bellac) rappelle le sacrifice.
    « Georges » dont personne ne semble connaître l’état-civil ni l’origine pour les personnes que j’ai consultées, était noir,grand,peut-être martiniquais selon le récit concernant Adrien Girette et réalisé par les élèves du Lycée de Tourlaville (Manche) pour le concours National de la Résistance. Je n’ai cependant pas pu identifier les sources de ce récit.
    Selon un membre de l’ANACR, il appartenait au groupe caché aux Ramades, village de la commune de Blond, toujours en Haute-Vienne.
    J’ai entendu parler de Georges depuis l’enfance, découvert qu’il avait été tué au Vincou assez récemment, son histoire m’a intriguée dans mes jeunes années et je me suis souvent demandé si une famille se posait encore des questions sur son sort. Cette histoire m’a beaucoup émue. Je suis allée une fois sur sa tombe, à Peyrat, très émue aussi de la trouver si petite alors qu’il m’a toujours été décrit comme un homme grand voire très grand.

    Je vais continuer à chercher, voir avec le musée de la Résistance de Limoges et l’ONAC.

    Je me tiens à votre disposition si vous voulez recevoir quelques éléments complémentaires et je vous remercie de m’en donner si vous en possédez.

    Bien cordialement,

    B. COUTURAUD.

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